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L'HISTOIRE DE LA GARDE SUISSE

L’histoire des Gardes Suisses au service des rois de France s’inscrit dans une relation ancienne entre la monarchie française et les cantons helvétiques. Dès le XVe siècle, les soldats suisses acquièrent dans toute l’Europe une réputation exceptionnelle pour leur courage et leur discipline. Cette réputation se forge notamment lors de la bataille de Saint-Jacques sur la Birse, en 1444, près de Bâle.

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Claude-Nicolas MALAPEAU (graveur), Une revue d’infanterie dans la cour du château de Versailles, au milieu de promeneurs, avec l’avenue de Paris au fond, 1775-1804, eau-forte aquarellée. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, INV.GRAV 861.

L'on reconnait à gauche du tableau les Gardes Françaises, et à droite, face à eux, le régiment des Gardes Suisses.

Les origines d'une fraternité d'armes

Le 26 août de l'an 1444, durant la guerre entre les Confédérés Suisses et les Habsbourg, une petite troupe de près de 1 500 soldats suisses rencontre, près de Saint-Jacques sur la Birse, aux portes de Bâle, une armée bien plus importante commandée par le dauphin Louis de France, futur Louis XI. Cette armée française, envoyée soutenir l’empereur germanique contre les Suisses, compte alors près de 20 000 à 30 000 hommes.

Malgré l’écrasante supériorité numérique de leurs adversaires, les Confédérés refusent de se retirer. Ils livrent un combat d’une extrême intensité et résistent pendant plusieurs heures, infligeant de lourdes pertes aux troupes françaises avant d’être finalement anéantis presque jusqu’au dernier.

Le roi Louis XI, impressionné par leurs qualités militaires, décide de recruter des soldats helvétiques à son service. Il est ainsi l’un des premiers souverains français à conclure des accords avec les cantons suisses afin d’assurer leur engagement dans les armées du royaume.

À la fin du XVe siècle, les cantons suisses deviennent une puissance militaire majeure en Europe. Leurs victoires contre le duc de Bourgogne — à Grandson, Morat et Nancy (1476-1477) — font la renommée des armes helvétiques dans toute l’Europe.

Le roi Louis XI comprend rapidement l’intérêt stratégique de ces troupes. Il encourage le recrutement de soldats suisses et réorganise l’infanterie française en s’inspirant de leurs méthodes. Ainsi naissent notamment les bandes d’infanterie permanentes, ancêtres des régiments français.

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Portrait de Louis XI
Huile sur toile attribuée à Jacob de LITTEMONT 

(vers 1469).

Les Cent-Suisses et la consolidation de l'alliance

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Cent-Suisses en habit de cérémonie, vers 1786.

Illustration de Nicolas HOFFMANN

Avant même la création du régiment des Gardes Suisses, la monarchie se dote d’une unité prestigieuse composée de Suisses : la compagnie des Cent-Suisses, instituée en 1492 par Charles VIII.

Cette unité symbolise très tôt la confiance accordée par les rois de France aux soldats venus des cantons suisses.

Composée à l’origine de cent hommes soigneusement sélectionnés, ils sont chargés de la garde intérieure et cérémonielle du souverain. Présents dans les palais royaux et lors des grandes cérémonies de la cour, ils appartiennent pleinement à la Maison militaire du Roi et composent ce que l’on appelle la « Garde du dedans ».

Les Gardes Suisses, en revanche — que notre association représente — constituent un véritable régiment d’infanterie d’environ 2 000 hommes. Troupe combattante, disciplinée et réputée pour sa fidélité, elle assure la garde extérieure des résidences royales, participe aux campagnes militaires et remplit également des missions de maintien de l’ordre hors des palais. Les Gardes Suisses forment ainsi la « Garde du dehors ».​

Après la bataille de Marignan, le roi François Ier conclut avec les cantons la Paix perpétuelle de 1516, suivie en 1521 d’un traité d’alliance militaire.

Ces accords fixent un cadre durable pour le service des troupes suisses dans l’armée française, appelé service étranger.

La création du régiment des Gardes Suisses

C’est sous le règne de Louis XIII, en 1616, qu’un régiment d’infanterie suisse reçoit officiellement le nom de Gardes Suisses.

Bien que n’appartenant pas formellement à la Maison militaire du Roi (Il faudra attendre le règne de Louis XV pour qu'elle le soit), ce régiment en assume les fonctions et devient l’un des corps les plus prestigieux au service de la monarchie. Les soldats sont recrutés en Suisse et les officiers sont eux-mêmes issus des cantons helvétiques, conformément aux capitulations conclues avec la France.

Que sont les capitulations ? Il s’agit de traités conclus entre le souverain recruteur et les cantons suisses. Ces conventions fixent précisément les conditions du service : le nombre de soldats fournis, leur solde, leurs privilèges, ainsi que l’organisation des unités. Elles garantissent notamment que les régiments suisses restent commandés par des officiers suisses et conservent leurs traditions militaires. Ce système permet à la Confédération helvétique de fournir des troupes à ses alliés tout en préservant une certaine autonomie pour ses soldats engagés à l’étranger.

Pendant une grande partie de l’Ancien Régime, les Gardes Suisses sont stationnés dans les environs de la capitale. Avant la construction de casernes au milieu du XVIIIe siècle, ils sont souvent logés chez l’habitant dans plusieurs communes d’Île-de-France, notamment à Rueil, Courbevoie, Issy, Colombes, Vanves ou Saint-Denis.

Cette présence durable crée des liens étroits avec les populations locales. Les soldats participent à la vie économique et sociale des communautés, et de nombreux mariages unissent des Suisses à des familles françaises. À partir de 1755, sous le règne de Louis XV, plusieurs casernes sont construites afin de regrouper les troupes, notamment à Rueil, Courbevoie et Saint-Denis. Dans certaines communes, la présence des Gardes Suisses représente une part non négligeable de la population.

Durant plus de trois siècles, les soldats suisses occupent une place importante dans les armées françaises. On estime qu’environ un million de Suisses ont servi les rois de France entre le XVe et le XVIIIe siècle, dont plusieurs centaines de milliers périrent au combat ou des suites de leurs blessures.

Le régiment des Gardes Suisses se distingue particulièrement par sa discipline et sa fidélité. Chargé de la protection du souverain, il accompagne également les armées françaises lors de nombreuses campagnes.

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Caporal du régiment des Gardes Suisses

en grand uniforme, vers 1780.

illustration de Nicolas HOFFMANN

Une fin tragique mais ô combien glorieuse

La fidélité des Gardes Suisses à la monarchie trouve son expression la plus tragique lors de la journée du 10 août 1792.​ Ce jour-là, environ 800 à 900 Gardes Suisses défendent le palais des Tuileries, résidence de la famille royale, face à l’insurrection révolutionnaire. Après plusieurs heures de combat, le roi Louis XVI ordonne à ses soldats de cesser le feu et de se retirer.

Beaucoup d’entre eux sont alors tués lors de l’assaut ou massacrés après leur reddition. Cet épisode marque profondément l’histoire du régiment et devient l’un des symboles les plus célèbres de la fidélité militaire à son souverain.

La chute de la monarchie en 1792 entraîne la disparition du régiment des Gardes Suisses tel qu’il existait sous l’Ancien Régime.

Toutefois, la tradition des troupes suisses au service de la France ne disparaît pas immédiatement. Sous l’Empire et la Restauration, plusieurs régiments suisses continuent de servir dans les armées françaises.

Elle prendra définitivement fin en 1830, mettant un terme à près de quatre siècles de présence militaire suisse au service des rois de France.


Cependant, l’esprit de ces soldats étrangers au service de la France ne disparaît pas avec eux. Certains anciens Gardes Suisses poursuivent leur carrière dans le régiment de Hohenlohe, formation composée en grande partie d’étrangers, perpétuant ainsi une tradition séculaire de service et de fidélité. Quelques années plus tard, cette tradition trouvera un nouvel héritage dans une institution appelée à devenir célèbre : la Légion étrangère. Comme les Gardes Suisses avant elle, elle rassemblera des hommes venus d’ailleurs, prêts à servir la France avec honneur et dévouement.

Dans un écho chargé de mémoire, la Légion étrangère adoptera d’ailleurs, en inversant seulement les mots, la devise qui résumait l’esprit des Gardes Suisses :

​​"HONNEUR ET FIDELITE"

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Napoléon Bonaparte au sac des Tuileries, huile sur toile de Maurice REALIER-DUMAS, 1888

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